Je me tiens là, debout sur un coussin d'herbe fraîche et humide. Un bref coup d'oeil autour de moi me permet d'observer un lac, un grand chêne touffu et de petits bancs.
Où suis-je ? Un timide soleil d'aube m'aveugle si bien que j'ai du mal à distinguer les silhouettes environnantes. je m'approche. Deux flaments roses dansent sur un air de guingette, une famille de lièvres est occupée à nourrir des poissons. Je me frotte les yeux jusqu'à ce qu'ils me piquent et que des larmes m'en coulent. Je les rouvre. Une frêle souris apparament débordée,tricote des manteaux d'hiver, sûrement pour ses nombreux enfants. Tout est si étrange... La vie paraît tellement calme et simple ici...
Personne ne semble encore avoir remarqué ma présence.Je décide de faire encore quelques pas en avant. Des arbres fruitiers couverts d'odeurs alléchantes, des maisonnettes décorées à l'ancienne. Non loin de moi, sur les petits bancs, deux canards discutent des derniers " cancans " en toute innocence. Leurs éclats de rire me parviennent, et carillonnent au vent d'une manière splendide. Un ourson joue avec un mouton blanc, dépourvu de laine. Qui l'aurait cru?! Je m'enivre des odeurs, des sons et de tout ce que je vois. Je frissone de plaisir. Mais une sensation de mal-être m'envahit cependant. Cet environnement est magnifique. Trop magnifique. Quelque chose est irréel. C'est trop beau pour être vrai ...Peu a peu gagnée par la peur, je décide de m'en aller. Mais par où? Je n'y comprends rien... Prenant mon courage à deux mains, je décide de parler aux canards, au moins pour savoir où je suis. Mais ils ne m'écouteront pas. Jamais. Car ils sont trop obnubilés par eux-même. Je réalise alors qu'ils geignent. Et pleurent. Je tente un nouveau coup d'oeil autour de moi. Je constate alors que les gestes de tous sont faux, éxécutés machinalement, avec une expression vide dans le regard. Auparavant je trouvais ces animaux si attendrissants... Ce n'était visiblement qu'une illusion. Tristes, comme si toute source de joie avait été enlevée depuis longtemps de leurs visages. Effrayée, je m'approche un peu plus. Un des flamants rose a d'énormes cernes d'un mauve soutenu, sur son épaule est tatoué un signe que je ne connais pas. Son partenaire a les pieds en sang - à force de danser semble t-il - et gise à côté d'elle le reste d'un écriteau " Les faibles n'ont pas leur place dans la société, soyez les meilleurs si vous voulez réussir. " . Les lièvres engraissent en réalité les poissons, l'ours doit empailler le mouton sous peine de torture, la maman souris est exploitée, et les vêtements qu'elle fabrique sont pour les usines humaines...
.Maïon